Communauté juive massorti de Bruxelles

La fondation de Chir Hadach

"Chers visiteurs,

Soyez les bienvenus et bienvenues sur le site de la future Communauté Massorti de Belgique, qui va s’implanter à Bruxelles.

Son nom est Chir Hadach,  "Chant Nouveau".

Depuis la nuit des temps, notre tradition nous invite à chanter un chant nouveau, à renouveler notre voix. Cette expression est justement présente dans l’office de « Kabalat Chabat », d’accueil du Chabat, le vendredi soir. On peut dire que cet office est une « jeune création » de notre tradition puisqu’il ne remonte qu’au 16e siècle. Il faut également souligner qu’il est un symbole de la capacité de notre peuple à se fédérer puisqu’il a été unanimement accepté. Ce nom est ainsi un symbole  fort du renouvellement dans la continuité, et de l’unité du peuple  juif.

Ce nom est aussi une référence au grand Edmond Fleg, penseur et écrivain juif du 20e siècle. Interpellé à l’occasion de l’affaire Dreyfus dans une judéité dont il s’était détaché, il retrouva le chemin du judaïsme à travers une approche ouverte, érudite et engagée. Il fut le mentor des "Éclaireurs et Éclaireuses Israélites de France" fondés par Robert Gamzon en 1927. Avec Jules Isaac, il fut le créateur des Amitiés Judéo-Chrétiennes Françaises. Pendant la guerre, il écrivit un livre sous forme de feuillets diffusés auprès des groupes de résistance juive et des maisons d’enfants. Par ce livre, il voulait donner un sens à une identité menacée et traquée, portée souvent par des juifs assimilés ignorant tout de l’identité dont on les accusait. Ce livre, il l’appela : « Le Chant Nouveau ».

Nos valeurs sont : Tradition et Modernité, Engagement et Liberté de Conscience, Spiritualité et Rationalité, Egalité des femmes et Halakha (loi juive).

Elles sont portées par un esprit d’accueil et de convivialité, une ouverture et un respect de chacun quelles que soient ses options, une recherche du sens actuel et personnel de notre antique sagesse.

Si vous partagez notre approche et nos valeurs, n’hésitez pas à nous rejoindre. Si ces valeurs vous parlent et que vous souhaitez les approfondir, prenez le temps de venir en discuter.

La communauté, comme le site, sont en construction, n’hésitez pas à vous abonner ou à revenir vous informer.

Chabat Chalom.

Rabbin Floriane Chinsky, et toute l’équipe provisoire"

Les Rabbins ont-ils leur place dans les cérémonies religieuses ?

Septembre 2012

Un texte de réflexion suite à la cérémonie du Martyr juif à Malines et publié sur le site du journal "Le soir". http://www.lesoir.be/debats/cartes_blanches/2012-09-11/les-rabbins-ont-ils-leur-place-dans-les-ceremonies-religieuses-937115.php

"Un grand soleil d’hiver éclaire la colline", commençait le poète, pour rappeler la mémoire des fusillés du mont Valérien en 1944.

Aujourd’hui, c’est un grand soleil d’été qui jetait sa lumière sur la communauté juive de Belgique et la communauté institutionnelle, rassemblées à la caserne Dossin pour la 56e pèlerinage, à l’occasion de la journée du martyr juif.

En présence de Son Altesse Royale, le Prince Philippe, et du Premier Ministre Elio Di Rupo, la responsabilité des autorités belges dans la déportation des juifs allait être reconnue sur le plan national, après avoir été endossée par les autorités anversoises, puis bruxelloises (le 2 septembre dernier).

Ces événements me touchent profondément, en tant que femme, en tant que juive, et en tant que rabbin.

En tant que femme, d’abord,  j’admire une telle cérémonie. La Choa met l’ensemble de l’humanité dans une position insoutenable. Comment assumer son identité humaine quand des humains ont pu produire une telle inhumanité ? Bien sûr, se détourner du malaise profond est injustifiable et dangereux, mais y faire face demande un grand courage. C’est ce courage dont ont fait preuve les autorités et les juifs présents, ensemble, en décidant de faire face, ensemble.

Mais en tant que Rabbin, ce sont d’autres pensées qui m’assaillent. Quel est l’état de la communauté, aujourd’hui. Quel est son avenir. Alors que la chaine de la tradition a été profondément ébranlée par le choc de la Choa, les cérémonies de la mémoire ont été dissociées de la synagogue. Une personne se présentant comme appointée par le CCOJB, pourtant membre active d’une synagogue, m’a même affirmé lors de la cérémonie du 2 septembre : « Désolée, on n’a placé aucun Rabbin parmi les personnalités. »

L’institution rabbinique est-elle devenue si obsolète ? La culture juive n’a-t-elle plus besoin de sa base traditionnelle ? Qu’avons-nous fait pour perdre la confiance de la plus grande partie du peuple ? N’avons-nous plus besoin de rituel ?

La communauté juive, aujourd’hui en Belgique et en Israël, comme hier en Pologne, est nécessairement plurielle. Le judaïsme a réellement commencé à se développer lorsque l’approche Talmudique a introduit la notion de MaHloquet, qui permet une action commune malgré des divergences d’opinion qui restent mineures comparées à l’objectif commun. Quel prix allons-nous payer si nous renonçons à cette notion fondamentale !

Et pourtant, combien nous vibrons lorsque la Chorale de Beth-Aviv chante le chant des partisans, ou quand André Reinitz nous chante « Shirele Perele » ! Les poésies traditionnelles de Roch hachana et de Yom Kipour célèbrent également le courage et l’espoir, à d’autres époques, depuis toujours, d’une façon également vibrante. Les cérémonies de la mémoire n’invitent pas moins de chants et de rituels, et elles ne sont pas moins chargées d’émotion, que les célébrations dites « synagogales ».

Voici les pensées qui m’encerclaient lorsque Judith Kronfeld a appelé celui qui devait sonner le Chofar. Le Chofar est ce cri public, cette souffrance, cette urgence, cet appel pressant au souvenir et à l’action, qui nous vient des temps primitifs et nous porte aujourd’hui encore, qui ne nous laisse pas seuls face à la menace et à la folie furieuse et au gâchis infâmes de l’histoire, qui nous accompagne en nous rappelant que de tous temps, nous nous sommes mobilisés, et nous nous sommes, finalement, fait entendre. Le Chofar, échappant aux étiquettes du « religieux » comme à celles du « laïc », allait apporter à la cérémonie le mélange de réconfort et de mobilisation qu’enseigne la tradition.

Mais le Chofar annoncé n’a pas retenti. A sa place, un silence assourdissant. Le souffleur de Chofar n’était pas encore arrivé. Pour moi, qui sait combien les milieux dits ‘pratiquants’ tiennent, (et avec raison à mon avis), à respecter les temps prescrits, quels que soient les obstacles, il est impensable de rater de tels moments. Ce « petit » incident, dans une occasion tellement importante et solennelle, est significatif d’une attitude de manque de respect vis-à-vis du public juif non pratiquant, attitude qui creuse l’écart d’une façon criminelle. Je veux plaider pour un respect mutuel du monde dit « laïc » et du monde dit « religieux ».

Il est interdit de reporter le son du Chofar, de faire attendre la voix de la conscience. Sinon, la tradition devient un cadre vide, qui vient après la bataille exiger l’aumône. Alors qu’elle est un cri et un chant qui nous accompagnent vers l’avenir.

En tant que Rabbin, représentante du mouvement massorti en Belgique, mais surtout en tant que militante pour la paix entre le peuple juif et sa tradition, je tiens à réaffirmer le grand respect des Rabbins massorti à travers le monde pour l’ensemble des juifs de Belgique, et l’ensemble de ceux qui marchent à nos côtés, dans d’autres traditions.

Je formule également le souhait que la grandeur, l’étoffe, et le respect de soi-même et des autres que manifestaient les chers résistants qui nous ont quittés cette année, David Susskind, Georges Schneck et Nathan Ramet, continuent à être la vraie aune des leaders de demain.

Et je formule un ultime souhait : celui que les rabbins continuent à mériter leurs places dans les cérémonies religieuses d’aujourd’hui, y compris les cérémonies de la mémoire, et que les laïcs continuent de les y inclure.

Elio Di Rupo nous a fait l’honneur de vœux de « chana tova », bonne année juive, exprimés en hébreu. En ce jour très particulier de commémoration, les miens seront formulés dans le langage universel du poète: « Bonheur à tous ! Bonheur à ceux qui vont survivre ! »

Rabbin Floriane Chinsky

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